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Après s’être adressée en direct aux internautes pour souhaiter une bonne année, l’Ugict CGT publie cette série de 10 priorités pour 2021.

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Cliquez sur les images pour connaitre le détail des propositions.

1. Conditionner les aides publiques aux entreprises à leur politique sociale, environnementale et de recherche.

Chômage partiel, prêts garantis par l’Etat, report de fiscalité et de cotisations sociales, fond de solidarité…depuis le début de la crise Covid, ce sont près de 500 milliards qui ont été déversés sur les entreprises et largement captés par les grands groupes, qui ont dans le même temps continué à distribuer des dividendes et à licencier.

L’ensemble des aides exceptionnelles COVID, y compris le chômage partiel, doivent être conditionnées au gel des dividendes, à l’interdiction des licenciements et à la stratégie d’investissement, de recherche et de décarbonation de l’outil productif. Dans les entreprises stratégiques, les aides publiques doivent être transformées en prises de participation pour restaurer les capacités d’intervention de l’Etat.

Le CSE (Comité social et économique) doit avoir un droit de veto sur l’utilisation des aides publiques.

 

2. Mettre en place un moratoire sur toutes les mesures de restructuration, délocalisation et licenciements et permettre aux syndicats de suspendre des projets dangereux pour l’emploi l’environnement ou la santé

Les entreprises du CAC 40 verseront cette année 34 milliards d’euros aux actionnaires tout en supprimant près de 60 000 postes dont un quart en France, ces suppressions de postes concernent très largement les ingés, cadres et professions intermédiaires.

A tel point que l’APEC, l’association pour l’emploi des cadres, a estimé que les embauches de cadres chuteraient de 40 % en 2020, un plongeon inédit. Après avoir sacrifié nos capacités de production au prix de graves conséquences sociales et environnementales, c’est désormais notre faculté d’innovation qui plie bagage.

Un moratoire doit être mis en place sur toutes les mesures de restructuration, délocalisation et licenciements. 

Force est de constater que la démocratie sociale n’a jamais été acceptée par le patronat. Ce dernier ayant réussi à réduire considérablement au fil du temps les capacités d’interventions des organisations syndicales et des instances représentatives du personnel. Cette situation est renforcée par le contenu des différents décrets relatifs au fonctionnement du dialogue social pendant l’état d’urgence sanitaire.

Ainsi, il n’y a plus aucun contrôle sur l’organisation du travail (application et encadrement du télétravail, travail en présentiel…), le suivi du recours et de l’utilisation des fonds publics perçus dans le cadre des aides aux entreprises (recours au chômage partiel, au fonds de solidarité aux entreprises…).

Afin que cette crise sanitaire ne se traduise pas en tsunami économique, social et environnemental il est primordial de donner toute sa place à la démocratie sociale qui doit être soumise à une obligation de résultat si les entreprises veulent pouvoir continuer à bénéficier du soutien de la Nation à travers les différents dispositifs.

Cela passe nécessaire par la garantie des libertés syndicales, l’obligation de négocier sur l’ensemble des sujets en lien avec la santé et la sécurité des salariés, la rémunération, consultation des instances représentatives du personnel dotées de droits  suspensifs en cas de menace sur la santé au travail, l’emploi ou sur l’environnement.

 

3. Relocaliser et décarboner notre industrie, à commencer par les filières stratégiques.

La crise met en lumière le besoin de repenser dans sa globalité notre système productif et nos modes de consommation, de relocaliser les activités économiques et d’avoir une vraie politique industrielle pour garantir notre souveraineté et répondre aux enjeux environnementaux. Il est nécessaire d’organiser la relocalisation de la production à commencer par les filières stratégiques (médicament…) et surtout de mettre en place de nouvelles règles de coopérations industrielles, de partage des informations (brevets) pour émanciper l’industrie et les services de l’obsession de la rentabilité imposée par les multinationales et les marchés financiers.

Ceci doit permettre la mise en place d’une économie circulaire avec circuits courts, une éco conception, la durabilité des produits, la limitation et le recyclage des déchets pour répondre au défi environnemental.

L’ADEME estime entre 500 000 et 900 000 créations d’emplois si la France investit massivement dans la transition énergétique. Il convient de mettre en place un plan d’investissement dans de grands projets d’infrastructures dans l’énergie (stockage de l’électricité, recyclage de nos déchets nucléaires, batterie électrique, développement des énergies renouvelables) les transports et notamment le fret ferroviaire, ou encore la rénovation énergétique des logements et bâtiments.

Ces grands projets devront assurer à terme le mix énergétique ainsi que les engagements bas carbone que la France s’est fixé.

 

4. Investir dans la recherche et dans les stratégies à moyen et long terme.

La crise du Covid-19 a démontré combien préserver des capacités de recherche fondamentale de long terme était indispensable. Le financement par projets a au contraire enfermé notre recherche dans le court-termisme nous privant ainsi de toute possibilité d’anticipation stratégique.

Si les recherches lancées sur le SRAS en 2009 avaient été financées et prolongées, nous ne serions pas aujourd’hui dans de telles difficultés. En limitant à 2,2 % la part du PIB consacré à la recherche, la France est bien loin des objectifs européens.

Il convient de

  • mettre en place une loi de programmation pour atteindre sans attendre 3 % du PIB consacré à la recherche dont au moins 1 % à la recherche publique,
  • évaluer, remettre à plat et conditionner strictement le Crédit Impôt Recherche
  • sortir du financement par projets qui soumet l’ensemble de la recherche au court terme.

Pour se garantir un avenir, la France doit sortir les étudiant·es et les universités de la paupérisation scandaleuse dans laquelle les pouvoirs publics les ont installés. Un plan d’investissement massif dans l’enseignement supérieur et la recherche doit nous permettre de relever les défis de la transformation environnementale et numérique notamment. 

 

5. Enterrer les projets actuels de réformes de l’assurance chômage et des retraites et ouvrir de vraies négociations pour l’amélioration et la pérennisation de nos systèmes.

Alors qu’avec la crise le nombre de privés d’emploi ne cesse d’augmenter, l’urgence est d’enterrer définitivement la réforme de l’assurance chômage du gouvernement qui conduirait à baisser le montant des allocations de la moitié des demandeurs d’emplois et à plafonner celles des cadres. Rappelons le, aujourd’hui, c’est plus d’un demandeur d’emploi sur deux inscrit à pôle emploi n’est pas indemnisé ! Il faut donc augmenter les ressources de l’UNEDIC pour garantir des allocations à l’ensemble des privé·es d’emploi.

La CGT et son Ugict proposent de longue date une mesure simple et très efficace : déplafonner les cotisations et les allocations des cadres supérieurs. Alors qu’elles sont aujourd’hui prélevées seulement sur la part des salaires inférieure à 4 fois le plafond de la sécurité sociale, verser des cotisations et allocations en prenant en compte l’intégralité des hauts salaires dégagerait 800 millions d’euros annuels de ressources supplémentaires. Ceci mettrait principalement à contribution les grandes entreprises et permettrait aux cadres supérieurs d’être mieux protégés.

En matière de chômage comme de retraite, le sens même d’une protection sociale est de protéger les individus des crises et aléas économiques au lieu d’en répercuter les effets sur le montant de leurs prestations.

 La mise en oeuvre de la réforme des retraites Macron, avec un plafonnement des dépenses de retraites à 14 % du PIB aurait amené en 2020 une baisse de toutes les pensions  de retraite de 7,89 %, puisque, selon le Conseil d’Orientation des Retraites, les pensions devaient représenter en 2020 15,2 % du PIB. Il y a donc urgence à enterrer définitivement la réforme des retraites et à dégager les financements nécessaires pour garantir le niveau des prestations à un âge déterminé. Il est inacceptable de devoir arbitrer entre montant de la retraite et âge de départ.

Compte tenu de la flambée du chômage des jeunes et des seniors, l’âge d’ouverture du droit à retraite doit être rétabli à 60 ans et le niveau des pensions ne doit pas être inférieur à 75 % du salaire. La suppression des exonérations de cotisations en faveur de l’emploi, qui n’ont jamais fait la preuve d’un quelconque effet bénéfique, dégagerait à elle seule autour de 68 milliards d’euros annuels selon le dernier rapport de la Commission des Comptes de la Sécurité sociale. L’argent est disponible !

 

6. Créer un droit d’alerte, de retrait et d’alternative et un vrai statut pour les lanceurs d’alerte.

Si l’alerte de Li Wenliang, Médecin ophtalmologue à l’hôpital de Wuhan en Chine avait été entendue, le Coronavirus n’aurait sans doute pas dépassé les frontières chinoises. De même, si les alertes des soignant·e.s français·es sur l’impréparation en cas de crise sanitaire avaient été prises en compte, la crise n’aurait pas été si violente en France.

Afin de garantir la bonne application, au plus près du terrain, des dispositions permettant d’assurer la protection des équipes de travail et la prévention des risques professionnels, l’Ugict-CGT revendique pour l’encadrement un droit d’alerte suspensif pour stopper la mise en oeuvre d’une directive ou d’une consigne susceptible de compromettre la sécurité des salariés, des fournisseurs, des prestataires et des clients de l’entreprise. Ce droit devra être assorti d’une protection contre toute sanction ou mesure de rétorsion.

En amont de ces situations, les personnels d’encadrement doivent bénéficier d’un droit à l’information intégrale sur les choix stratégiques de l’entreprise et d’un droit à la formulation d’alternatives pour pouvoir exercer leurs responsabilités sociales, économiques et environnementales.

La conjugaison de ces droits doit les soustraire à la fausse alternative : se soumettre à des directives contraires à l’éthique professionnelle ou se démettre de leur emploi.

La transposition rapide et ambitieuse de la directive européenne sur les lanceurs d’alerte doit permettre de combler les défaillances de la loi Sapin 2, de renforcer les logiques de prévention et de mettre en place une vraie culture de l’alerte.

 

7. Investir dans le système public de santé, dans les secteurs du soin et du lien, et reconnaître les qualifications liées.

La crise du covid-19 a montré à quel point la France avait détérioré les services publics de santé et de soins, avec des plans d’austérité drastiques (baisse du nombre de lits, mode de gestion privée des hôpitaux…).

Un plan de relance économique doit s’appuyer sur une nouvelle politique publique de santé et de soins, abrogeant les décisions retenues jusqu‘alors (notamment les demandes d’économie sur les budgets des hôpitaux ; la tarification à l’acte…) et la mise en œuvre d’un plan d’urgence pour faire face à la pandémie avec un plan de recrutement massif dans la santé et la réouverture des milliers de lits supprimés ces dernières années.

Au-delà, c’est toute l’économie des « soins aux autres » qui doit être réinvestie, pour faire face aux urgences en matière de dépendance des personnes âgées, mais aussi prendre soin des jeunes et des handicapé·es. Pas question de laisser la finance continuer à spéculer sur la prise en charge de nos ainé·es ou de nos enfants ! Un grand plan d’investissement public doit permettre de rouvrir massivement et en proximité des lits dans les hôpitaux, de créer un grand service public de la petite enfance et de l’aide à l’autonomie (personnes âgées, handicapées…).

Une étude publiée par la Confédération syndicale internationale en 2016 dans le cadre de sa campagne « Investir dans l’économie des soins », évalue qu’un investissement de 2 % du PIB dans l’économie des soins dans sept pays permettrait de créer plus de 21 millions d’emplois et d’aider les pays à relever le double défi du vieillissement de la population et de la stagnation économique.

Investir dans le secteur des soins (au sens large) permet de changer de paradigme : créer des emplois, relancer l’économie, revaloriser les professions du « soin aux autres », en améliorer les conditions de travail, les salaires, et ainsi aller vers une société plus égalitaire, plus juste, où le bien-être est la valeur fondamentale, où l’utilité sociale de toutes les professions « du soin » sera reconnue.

Pour les femmes, l’impact est doublement émancipateur : une amélioration de la qualité de leurs emplois, le secteur du soin étant très majoritairement féminisé, et une émancipation des tâches ménagères, alors que la prise en charge des personnes dépendantes (enfants, handicapé·es et personnes âgées) est toujours très majoritairement assumée par les femmes.

La crise sanitaire a montré combien la rémunération des soignant·es, notamment de celles et ceux qui exercent dans le public, était déconnectée de leur niveau de qualification. Elle a aussi montré à tous les parents qui ont été contraints de faire l’école à la maison qu’enseigner est un métier hautement qualifié. Des professions dans lesquelles les femmes sont majoritaires, et notamment les infirmières (87 % de femmes) et aides-soignantes (91 % de femmes), les enseignant·es (près de 70 % de femmes) …

À titre d’exemple, le salaire des infirmières en France est l’un des plus bas de tous les pays développés : inférieur de 9 % au salaire moyen français, alors qu’en Allemagne, une infir­mière gagne 10 % de plus que le salaire moyen allemand ou en Espagne, 28 % de plus (OCDE, données 2017).

Les qualifications doivent être reconnues, les rémunérations doivent être revalorisées !

 

8. Empêcher la spéculation sur la dette et taxer les GAFAM.

Ne laissons pas le scénario de la crise financière de 2008 se reproduire : les banques ont été sauvées sans réformer leurs pratiques, la dette privée a été transformée en dette publique…que nous avons ensuite été sommés de payer. Faire payer la dette Covid au monde du travail serait injuste et inefficace. Cela nous enfermerait dans la récession, à l’image de ce qui s’est passé en Grèce ou en Espagne par exemple.

À l’inverse, la CGT comme de nombreux économistes estiment qu’il faut arrêter d’instrumentaliser la dette publique pour cautionner des politiques d’austérité alors que nous empruntons aujourd’hui à des taux négatifs.

Alors que l’euphorie domine sur les marchés financiers, il faut réformer la fiscalité pour mettre à contribution le capital (rétablissement de l’ISF, renforcement et modulation de l’impôt sur les sociétés pour les grands groupes…) et les GAFAM et conditionner les prêts de la Banque Centrale Européenne à des objectifs de transformation de notre système productif via un Pôle Financier Public et une véritable politique industrielle.

 

9. Redonner du sens au travail et transformer le management.

Le contenu de notre travail et de nos responsabilités a été chamboulé par la crise sanitaire et par l’imprévu permanent. Le sens de notre travail, de nos modes de vie, le fonctionnement de nos sociétés sont interrogés en profondeur. Nous ne nous pensions pas si fragiles. Avant cela, qui aurait imaginé qu’un virus puisse mettre à l’arrêt l’économie mondiale ? Si l’apparition du COVID n’est pas liée à l’activité humaine, son développement rapide tient à l’extrême fragilité de notre modèle fondé sur le court terme et la gestion à flux tendus.

Redonner du sens au travail, respecter l’éthique professionnelle implique de reprendre la main sur le contenu du travail et de construire à cet effet des droits d’intervention pour les salariés sur les stratégies des entreprises et la gouvernance des administrations. Cela passe par un renforcement du droit d’expression des ingénieurs, cadres et techniciens sur ces choix stratégiques, la protection de ce droit, l’élaboration d’un nouveau droit de la responsabilité avec un régime de la délégation de pouvoir sécurisé, et la participation effective de l’encadrement à la détermination des objectifs à atteindre et des moyens alloués.

Axer le travail sur son intérêt sociétal et non plus sur des opérations de reporting ou de conceptions de procédure dont la seule finalité est de maximiser la valeur actionnariale en réduisant les coûts permet de transformer le management en privilégiant la coopération, la créativité, l’ouverture, la transparence, le partage d’informations et de connaissances.

 

10. Encadrer (vraiment) le télétravail et réduire le temps de travail pour créer de l’emploi.

Avec le confinement et la crise sanitaire, le travail à distance s’est imposé pour la grande majorité des cadres et professions intermédiaires. Pas question que ce télétravail en mode dégradé se pérennise ! Le télétravail nécessite un encadrement clair pour garantir les droits et les conditions de travail des salarié·es. Malheureusement, le patronat a bloqué toute disposition normative et l’accord interprofessionnel sur le télétravail de décembre 2020 se limite à des pétitions de principe. Le code du travail doit être renforcé et des accords collectifs encadrant le télétravail doivent être mis en place dans l’ensemble des entreprises.

Notre travail crée des richesses, et ces richesses doivent être mises au service de la société, pas de la spéculation.

Le numérique permet de réaliser des gains de productivité très importants, et ouvre la possibilité d’automatiser de nombreuses tâches. Les gains de productivité doivent permettre une réduction du temps de travail sans réduction de salaire, pour préserver et créer de l’emploi.

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