Recherche et ingénierie : catastrophe industrielle en vue (Tribune dans Les Echos)

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Les multiples plans sociaux annoncés dans l’industrie – dont la plupart concernent les cadres – risquent de réduire encore la capacité de notre pays à fabriquer des produits stratégiques, estiment Sophie Binet et Marie-José Kotlicki, cosecrétaires générales de l’Ugict-CGT.

Sanofi, Renault, Danone, Nokia, General Electric, Total, IBM, Airbus, Akka, Alten, CGG, Renault Trucks… La liste des entreprises qui profitent de la crise pour tailler dans leurs effectifs d’ingénierie, de recherche et d’encadrement est longue. A tel point que l’Association pour l’emploi des cadres a estimé que les embauches de cadres chuteraient de 40 % en 2020, un plongeon inédit. Les plans sociaux, trois fois plus nombreux qu’en 2019, ne sont que la partie émergée de l’iceberg dissimulant la recrudescence de licenciements pour faute ou inaptitude, et les ruptures conventionnelles.

Pourtant, rappelons-nous, il y a à peine six mois, la France découvrait qu’elle n’était plus capable de fabriquer des produits élémentaires indispensables : masques, principes actifs de médicaments… et, au-delà, qu’elle était totalement dépendante de la Chine pour ses chaînes d’approvisionnement. Las…

Une dangereuse impasse

Le problème, c’est qu’en matière d’industrie la France touche désormais à l’os. Après avoir sacrifié nos capacités de production au prix de graves conséquences sociales et environnementales, c’est désormais notre faculté d’innovation qui plie bagage. Une faute grave à l’heure où le numérique permet des innovations de rupture. Ainsi, la France met en place à marche forcée la 5G… tout en acceptant le démantèlement de Nokia, le seul opérateur développant la 5G en France. Le prix à payer pour faire face à de graves difficultés économiques ? Non, la quasi-totalité de ces groupes rémunère généreusement ses actionnaires, y compris en 2020.

Une dangereuse impasse. Pour s’en convaincre, il suffit d’analyser la situation de Sanofi, distancié dans la course au vaccin. Non seulement notre champion pharmaceutique perfusé au crédit impôt recherche a raté le coche de la technologie de rupture, l’ARN, pourtant développée par un de ses anciens chercheurs, mais il vient de reprendre à zéro le développement de son vaccin du fait d’une erreur de dosage ! Le résultat de la financiarisation et du court-termisme : Sanofi a divisé par deux ses effectifs de chercheurs en dix ans tout en versant chaque année de 4 à 5 milliards de dividendes.

Aveuglement du gouvernement

Le plus grave ? L’aveuglement du gouvernement, qui continue avec son plan de relance à arroser les grands groupes d’aides publiques sans contrepartie, tout en asphyxiant la recherche publique. La crise offre pourtant l’occasion rêvée pour changer de paradigme et lier enjeux économiques, sociaux et environnementaux. Les aides publiques sont un levier central : conditionnées, elles peuvent permettre une stratégie de relocalisation par filière ; transformées en prises de participation, elles restaureraient les capacités d’intervention de l’Etat dans les entreprises stratégiques. Investir dans l’enseignement supérieur et la recherche est la deuxième urgence vitale, en particulier sur les questions de santé, d’environnement et de numérique. Ensuite, pour tenir nos engagements de réduction de CO2, il faut contraindre les entreprises à publier l’empreinte carbone de l’ensemble de leur chaîne de valeur.

Enfin, alors que la crise accélère la transformation numérique et accroît notre dépendance aux Gafam, il convient, au niveau national et européen, de faire émerger d’autres acteurs industriels et de mettre en place une fiscalité empêchant la captation de la valeur par les plateformes. Cadres et professions intermédiaires sont lucides et aspirent à travailler, produire et vivre autrement. Un levier pour que l’année 2021 permette une sortie de crises durable.

Sophie Binet et Marie-José Kotlicki sont cosecrétaires générales de l’Ugict-CGT.

Ce texte a été publié sur Les Echos.fr et dans l’édition papier du lundi 18 janvier 2021

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