[Atelier préparatoire au congrès] Transformer le progrès technologique en progrès social et sociétal – Nantes

  24 juin 2021

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Temps de lecture : 4 minutes

Pour préparer son 19e congrès, la direction de l’Ugict-CGT a décidé d’organiser des ateliers préparatoires autour de trois thèmes clés : la responsabilité professionnelle, l’impact du numérique sur le travail et la protection sociale et enfin la question de la ré-industrialisation et des enjeux environnementaux. Ces ateliers préparatoires viendront nourrir le document d’orientation et seront organisés avec des méthodes d’éducation populaire. Ils ont pour objectifs de nous permettre d’approfondir les débats clés, de remonter les aspirations des ICTAM et les besoins des organisations, d’identifier et de valoriser les points d’appuis dont nous disposons. [En savoir plus : Kit d’organisation et de communication d’un atelier préparatoire au congrès]

 

Travail/numérique : les enjeux

La pandémie de COVID 19 accélère les transformations liées au numérique. Les ICTAM sont concepteurs et utilisateurs des technologies. Il n’y a donc pas de déterminisme technologique et notre objectif est de permettre aux ICTAM de (re)gagner la maîtrise de leur travail, de peser sur la finalité comme sur l’utilisation des outils numériques, et ainsi de transformer le progrès technologique en progrès social et sociétal. À suivre, les questions clés :

– Transformation du travail et du management

L’Ugict-CGT travaille depuis 20 sur le télétravail qui était pratiqué jusqu’au confinement par une minorité de cadres de grandes entreprises 1 à 2 jours par semaine. Depuis, nous assistons à un déploiement sans précédent du télétravail qui concerne la quasi-totalité des ICTAM, et s’exerce pour partie à temps plein, sans encadrement collectif. Avec ce télétravail dégradé, le patronat vise à ubériser le salariat de l’intérieur, transformant ainsi les ICTAM en auto-entrepreneurs pour se dégager de toute responsabilité. Le télétravail temps plein permet aussi de nouvelles délocalisations et casse le collectif de travail, il s’accompagne souvent de réorganisation des lieux de travail sous forme d’open space/flex office. L’extension du télétravail impacte directement le management de proximité dont le travail est à redéfinir, il est utilisé par les entreprises pour supprimer des strates hiérarchiques et managériales et transformer les organisations de travail avec plus de flexibilité. Mais il nous faut prendre en compte les aspirations des salarié·es. Le télétravail permet d’éviter les transports et de gagner du temps, de fuir les environnements de travail dégradés (open space…) et aussi de retrouver de l’autonomie et de la maîtrise dans l’organisation et le contenu de son travail. L’aspiration au télétravail dit en creux la dégradation des conditions de travail en présentiel et porte aussi en elle la volonté de travailler et vivre autrement. De pouvoir avoir plus de temps et de souplesse pour s’occuper de ses enfants et de ses proches, de pouvoir s’installer à la campagne…Le télétravail peut donc être un levier pour réinterroger et transformer le travail, à distance comme en présentiel.

– Quelles utilisations des progrès de l’intelligence artificielle ?

L’IA permet d’automatiser de nombreux postes de travail, y compris chez les ICTAM, et de dégager des gains de productivité conséquents. Il nous faut éviter deux écueils :

o La « destruction créatrice » du capital qui refuse toute régulation et utilise ces possibilités pour augmenter le profit et le chômage

o Le mirage de la fin du travail induit par ces progrès technologiques, avec le remplacement de notre protection sociale assise sur les salaires et la production de richesse par un revenu de base financé par l’impôt.

Quels que soient les progrès technologiques, nous aurons toujours besoin du travail humain qui continuera à jouer un rôle central dans la société. L’enjeu, c’est que les progrès technologiques permettent de gagner un travail « réellement humain », centré sur le relationnel, l’innovation, et tout ce qui fait la richesse du travail réel par rapport au travail prescrit. Un débat de société doit donc s’ouvrir sur ce qui doit être automatisé ou pas, et les gains de productivité doivent permettre une réduction du temps de travail sans réduction de salaire. Enfin, dans le contexte où l’IA permet des technologies de ruptures, l’investissement dans la recherche et l’innovation est central pour renforcer notre tissu économique et garder la maitrise de nos technologies.

– Quelle Sécurité sociale à l’heure du numérique et de la robolution ?

Le numérique permet une « plateformisation de l’économie », avec des mutations de modèle économique notamment dans les services. Le patronat s’appuie sur ce mouvement pour transformer les salarié·es en travailleur·euse·s pseudo-indépendant·es et s’affranchir ainsi du financement de la Sécurité sociale et plus largement de la protection sociale. Au contraire, avec son nouveau statut du travail salarié, la CGT porte la proposition d’une sécurité sociale étendue à toute la population sans exception. Pour les ICTAM, l’offensive du patronat contre le salaire socialisé se double d’un renvoi à des dispositifs assurantiels individuels, à l’image de la réforme des retraites Macron qui vise à renvoyer les cadres vers la capitalisation. Ce faisant le patronat remet en cause le principe de solidarité qui est le fondement de toute sécurité sociale. Il sabre le consentement à la cotisation en obligeant une partie de la population à contribuer deux fois, l’une en répartition, l’autre en capitalisation. Enfin il tente de jeter le discrédit sur les assurés sociaux en les assimilant à des assistés indignes de la solidarité nationale. Pourtant, à chaque période critique de notre histoire, des voix s’élèvent pour se féliciter du rôle d’amortisseur de crise joué par la Sécurité sociale. L’irremplaçable efficacité économique de la cotisation sociale n’est que trop rarement célébrée. Aussi, quand certains plaident pour l’exclusion des ingénieurs, des cadres et des techniciens supérieurs du champ de la Sécurité sociale, la concevant comme un système de secours réservé au plus démunis, nous nous battons pour qu’elle prémunisse chacun contre les aléas de la vie en garantissant à tous et toutes les citoyens le maintien du niveau de vie que procurait le travail, sans préjudice des minimas sociaux pour ceux qui ne parviennent pas à vivre de leur travail.

– Quelles libertés ?

Le web ouvre des possibilités révolutionnaires d’accès et de partage d’information, et d’organisation collective, en témoignent les révolutions du monde arabe ou de nombreuses mobilisations sociales. Dans le même temps, avec le numérique, la valeur se déplace et ce sont nos données qui permettent de dégager du profit, bien souvent au détriment de nos libertés. Les progrès technologiques sont également utilisés pour développer des systèmes de surveillance massive. Le combat pour les libertés est central, notamment pour les ICTAM pour qui le web est souvent le dernier lieu de liberté d’expression. De nombreux ingénieurs de la tech ont refusé que leur travail soit instrumentalisé pour ces finalités, en dénonçant par exemple l’utilisation de la reconnaissance faciale pour lutter contre l’immigration par l’administration Trump, l’utilisation des données par les GAFAM…

Travail/numérique : les questions que nous voulons creuser

Depuis 2014 et la campagne pour le droit à la déconnexion, l’Ugict-CGT, pionnière sur ces questions a beaucoup produit. À l’occasion de notre 19e congrès, nous pensons nécessaire de creuser les questions suivantes :

  •   Quels changements induits par l’épidémie Covid 19 ?

  •   Quels nouveaux outils d’organisation pour les ICTAM alors que le télétravail fragilise le collectif de travail ?

  •   Quels leviers pouvons-nous proposer pour permettre aux ICTAM d’interroger le sens et le contenu des technologies et de reprendre la main sur le travail ?

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