Cinq raisons d’agir pour la santé des femmes ingés cadres techs au travail !

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28 avril – Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail 

 

 Aujourd’hui, les femmes sont majoritaires dans les professions intermédiaires et seront bientôt à parité parmi les cadres. Pourtant, la prise en compte de leur santé au travail demeure un angle mort persistant des politiques de prévention et des organisations du travail. Cette situation traduit des choix organisationnels qui continuent d’ignorer les réalités vécues par les femmes.  

Pour l’Ugict-Cgt, il s’agit d’un enjeu central d’égalité professionnelle et de justice sociale. Il est urgent de repenser le monde du travail afin de le rendre réellement inclusif pour toutes et tous !   

 

 Sortir de la culture du présentéisme1 incompatible avec la charge mentale des femmes  

 « Le présentéisme au travail pénalise les femmes devant assumer la double journée […] Les femmes doivent s’adapter à des horaires excessifs, dans une organisation du travail pensée pour les hommes… »2. Le présentéisme est fortement ancré, en particulier chez les cadres et professions intermédiaires. A état de santé et conditions de travail comparables, les femmes y sont davantage soumises que les hommes3. Cette pression permanente à être présente au travail est incompatible avec le fait qu’elles assument l’essentiel des tâches domestiques et familiales – entretien du foyer, alimentation, soin des enfants, des malades et des personnes âgées – y consacrant en moyenne 3h43 par jour4.  

La charge mentale est structurellement imposée aux femmes. 55% des femmes encadrantes déclarent rencontrer des difficultés à concilier vie professionnelle et vie personnelle. 35% des femmes non-encadrantes renonceraient à un poste hiérarchique plus élevé si leur charge de travail augmentait encore5.  

Le présentéisme constitue donc un frein majeur à l’égalité professionnelle et est un facteur direct de dégradation de la santé !  

De manière contradictoire, s’il peut offrir de la flexibilité, le télétravail à temps plein peut renforcer une assignation des femmes au cumul des tâches professionnelles et domestiques6. 87% des femmes (contre 76% des hommes) ayant des enfants doivent s’en occuper en télétravaillant7. Par ailleurs, la CGT revendique le droit à la « déconnexion », en réponse à la pression de devoir répondre rapidement et à toute heure aux sollicitations professionnelles. 

Moins de temps pour elles-mêmes signifie aussi une santé reléguée au second plan. Les injonctions sont contradictoires et intenables : les femmes se doivent d’être des bonnes mères et des salariées performantes. Il est impératif d’en finir avec cette organisation du travail qui fait peser une double charge sur les femmes !  

 

Prévenir les risques sociaux organisationnels spécifiques, notamment celui des exigences émotionnelles 

Les femmes et les hommes n’occupent pas les mêmes emplois et ne connaissent pas les mêmes conditions de travail. Pourtant, la prévention des risques professionnels continue d’être pensée au masculin, invisibilisant les réalités vécues par les femmes8.  

Les femmes sont davantage exposées aux risques sociaux organisationnels, tandis que les hommes le sont davantage aux risques physiques9. Ces risques, souvent sous-estimés, s’inscrivent dans la durée et résultent de l’organisation même du travail10. Ils recouvrent notamment le stress, les violences internes et externes, ainsi que l’épuisement professionnel. Ils sont liés à l’intensité du travail, au manque d’autonomie, à la dégradation des relations professionnelles, aux conflits de valeurs ou encore à l’insécurité de l’emploi11.  

Parmi ces facteurs, les exigences émotionnelles occupent une place centrale. Les femmes, qui représentent 84% des métiers du care12, y sont particulièrement exposées. Elles doivent faire face à des situations parfois difficiles : contacts tendus avec le public, nécessité de masquer ses émotions, exposition à des violences verbales et/ou physiques. Deux tiers des femmes exerçant des professions intermédiaires déclarent être exposées à des risques sociaux organisationnels, notamment la souffrance du public (56%) et la surcharge de travail (58%)13.  

Ces métiers sont insuffisamment considérés dans leur dimension professionnelle, car ils sont assimilés à des compétences « naturelles ». Faute de reconnaissance, aucune prévention efficace n’est mise en place. Pourtant, prendre en compte ces réalités et avoir une lecture sexuée des risques professionnels – notamment dans le Document Unique d’Evaluation des Risques Professionnels (DUERP)14 – est indispensable pour construire des politiques de prévention adaptées et protectrices pour toutes et tous15 !  

 

Prévenir et agir contre les violences sexistes et sexuelles au travail  

Les violences sexistes et sexuelles au travail, y compris durant les temps informels, sont massives et largement sous-estimées. Il ne s’agit pas de situations exceptionnelles, mais d’un phénomène structurel.  

9% des viols ou tentatives de viols ont lieu au travail. 30% des salariées ont déjà été harcelées ou agressées sexuellement sur leur lieu de travail. 70% de ces victimes de violences au travail déclarent n’en avoir jamais parlé à leur employeur16. Certaines femmes sont plus exposées que d’autres : une femme en situation de handicap a cinq fois plus de risques de subir des violences qu’une femme valide, une femme racisée plus qu’une femme blanche17.  

Les conséquences sur la santé des victimes sont lourdes et durables : troubles psychiques, perte de confiance, isolement social, etc. Ces violences ont également un impact direct sur leurs trajectoires professionnelles. Les collectifs de travail et les entreprises dans leur ensemble sont aussi impactés.   

L’employeur·e a une obligation légale claire : prévenir la survenance de tels faits, y mettre un terme et les sanctionner lorsqu’ils sont avérés18. Des mesures concrètes doivent être mises en place au sein de l’entreprise : une politique de tolérance zéro, un dispositif de signalement accessible, une procédure d’enquête interne effective et la formation de l’ensemble des salarié·es et encadrant·es.  

La ratification de la 190e Convention de l’Organisation internationale du travail (OIT) contre la violence et le harcèlement dans le monde du travail doit permettre la mise en œuvre de droits effectifs19. L’Ugict-CGT est mobilisée pour la protection des victimes et la transformation durable des cultures organisationnelles des entreprises sur le sujet. Elle met à disposition des outils20 et travaille en collaboration avec l’Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT) spécialisée pour la défense des victimes de violences sexistes et sexuelles au travail21.  

Campagne  UGICT contre les VSST

 

Prendre en compte l’impact des violences conjugales sur le travail  

Les violences conjugales concernent une femme sur dix22 et ne s’arrêtent pas à la sphère privée. Elles ont des répercussions directes sur le travail : fatigue, difficultés de concentration, isolement, absentéisme, etc. Elles peuvent également se poursuivre sur le lieu de travail, notamment par du cyberharcèlement ou des intrusions du conjoint.   

Dans ce contexte, l’entreprise doit être un lieu de repérage des violences, d’écoute et de soutien pour les victimes, sans jugement ni stigmatisation. Elle doit pouvoir les orienter vers des structures spécialisées. Elle doit mettre en place des mesures de protection adaptées, des aménagements de poste ou d’organisation de travail, afin de favoriser le maintien dans l’emploi.  

Cela suppose de développer une véritable politique interne d’engagement pour la prévention et la prise en charge des victimes de violences conjugales au sein de l’entreprise23, construites avec les représentant·es du personnel et les syndicats.  

 

Reconnaître les enjeux de santé hormonale : troubles menstruels, difficultés reproductives (PMA), interruption volontaire de grossesse (IVG), endométriose, ménopause24  

Les réalités liées à la santé hormonale des femmes sont largement invisibilisées dans le monde du travail, alors même qu’elles ont des impacts concrets sur les conditions de travail, la fatigue et la concentration.  

84% des femmes en parcours d’assistance à la procréation (PMA) estiment qu’il a des répercussions sur leur vie professionnelle. La CGT revendique notamment des autorisations d’absence dédiées, y compris pour le/la conjoint·es25.  

10% des femmes souffrent d’endométriose et 65% déclarent que leur maladie a des impacts négatifs sur leur vie professionnelle avec des risques de sortie de l’emploi. La CGT revendique un arrêt de travail « d’office » à la demande, avec une codification spécifique permettant la prise en charge à 100% du salaire, aucun jour de carence, et respectant la confidentialité du motif26.  

Chaque année, 500 000 femmes entrent progressivement dans la ménopause, avec des symptômes parfois invalidants : pathologies et manifestations telles que des bouffées de chaleur, troubles du sommeil, maux de tête. 

Les femmes peuvent rencontrer des incapacités temporaires de travail liées à leur santé hormonale. Ces situations sont insuffisamment reconnues et prises en compte, fragilisant ainsi les parcours professionnels. Il est nécessaire d’adapter les organisations du travail à ces réalités. La CGT revendique notamment un droit à un congé exceptionnel de santé hormonale (jusqu’à 24 jours par an) qui peut être pris à tout moment de l’année27.   

Les reculs constatés, notamment la suppression de l’autorisation d’absence pour règles douloureuses dans certaines administrations28, sont inacceptables et doivent être combattus !  

 

La santé des femmes est un enjeu collectif et structurel. Elle peut être améliorée qu’avec une transformation profonde et durable des organisations du travail. Il est indispensable de s’organiser ensemble pour garantir des conditions de travail respectueuses de la santé des femmes !  

L’Ugict-CGT propose des outils pour améliorer les conditions de travail des salarié·es et contribuer ainsi à préserver leur santé : https://ugictcgt.fr/campagne-sante-travail-2026/ 

 

[1] Indicateur de performance porté par la hiérarchie et parfois intégrée par les collectifs de travail

[2] SOUFFRANCE-ET-TRAVAIL.com  –  Marie Pezé, spécialiste du burn-out : « Le présentéisme au travail pénalise les femmes devant assumer la double journée »

[3] DARES Analyses, « Quel lien entre les conditions de travail et le présentéisme des salariés en cas de maladie ? », août 2020, p. 2 [en ligne]

URL : https://dares.travail-emploi.gouv.fr/sites/default/files/pdf/dares_da_conditions_travail_et_presenteisme_pendant_maladie_.pdf

[4] EGALITE-PROFESSIONNELLE.CGT.FR  –  Accueil des personnes dépendantes

[5] ASSOCIATION POUR L’EMPLOI DES CADRES, Carrières des femmes cadres, février 2025 [en ligne]

URL : https://corporate.apec.fr/files/live/sites/corporate/files/Nos%20etudes/PDF/Etude%20Apec%20-%20Carriere%20des%20femmes%20cadres.pdf#page=10

[6] JEAN A., LETOURNEUX F., « A l’épreuve du télétravail », Mouvements, n° 106, 2021, p. 64 et 65 [en ligne]

URL : file:///C:/Users/c.lemerle/Downloads/binet-2021-a-lepreuve-du-teletravail.pdf

[7] CGT, « Pour les femmes, le télétravail, c’est marmots, boulot, bobo », 10 juin 2020 [en ligne]

URL : https://www.egalite-professionnelle.cgt.fr/pour-les-femmes-le-teletravail-cest-marmots-boulot-bobo/

[8] Collectif, Tribune « Les femmes ne sont pas des travailleurs comme les autres », 7 mars 2026 [en ligne]

URL : https://www.sante-et-travail.fr/tribune-femmes-ne-pas-travailleurs-autres

[9] LAVIGNETTE F., « Analyse genrée de l’exposition aux risques », Santé & Travail, 21 février 2023 [en ligne]

URL : https://www.sante-et-travail.fr/analyse-genree-lexposition-risques

[10] TRAVAIL-EMPLOI.GOUV.FR  –  La prévention des risques psychosociaux (RPS)

[11] INRS.FR  –  Risques psychosociaux (RPS)

[12] INSEE.FR – Une majorité de femmes dans les métiers indispensables à la population

[13] UGICTCGT.FR – Opinions & attentes – Le baromètre techs Secafi/Viavoice – 2023

[14] Loi du 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes

[15] AGENCE NATIONALE POUR L’AMELIORATION DES CONDITIONS DE TRAVAIL, DUERP – Réaliser une évaluation différenciée des risques professionnels pour les femmes et les hommes, septembre 2025 [en ligne]

URL : https://www.anact.fr/sites/default/files/2026-03/guide-evaluation-differenciee_2.pdf

[16] CGT.FR  –  On s’organise pour mettre fin aux violences sexistes et sexuelles au travail

[17] C. DE HAAS, En finir avec les violences sexistes et sexuelles – manuel d’action, Robert Laffont, 2021

[18] Article L. 1153-5 code du travail

[19] FNCIDFF.INFO  –  Convention 190 de l’OIT

[20] URL : https://www.egalite-professionnelle.cgt.fr/sexisme/ 

[21] URL : https://www.avft.org/

[22] IPSOS.COM – Une femme sur dix victime de violence conjugale

[23] Fédération nationale des CIDFF, « Les violences au sein du couple : on en parle au travail ? », guide repère à destination des entreprises, 2020 [en ligne]

URL : https://www.egalite-femmes-hommes.gouv.fr/sites/efh/files/2024-02/guide-violences-couple-destination-entreprises-2020-FNCIDFF.pdf

[24] CGT, « La santé des femmes au travail », octobre 2025 [en ligne]

URL : https://www.cgt.fr/sites/default/files/2025-11/20251029_FemmesSante_Brochure_NUMERIQUE.pdf

[25] CGT.FR  –  Les revendications de la CGT pour la santé des femmes au travail

[26] Idem

[27] Idem

[28] CGTETAT.FR  –  Suppression des autorisations d’absence pour règles douloureuses

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