Jeunes vs retraités : 4 vérités qu’on veut vous cacher 

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Le débat monte pour reprocher aux retraité·es le manque de moyens pour financer les politiques de jeunesse. Les commentateurs y vont de leur remarque sur les « boomers » qui coûtent trop cher et le financement des lycées qui serait sacrifié sur l’autel des retraites.

 

Voici 4 arguments pour lutter contre cette mise en opposition stérile entre générations et pour se mobiliser contre la désindexation des pensions le 14 octobre à l’occasion du conseil d’administration de l’Agirc-Arrco. 

 

1. Jeunes, actifs·ves, retraité·es : nous sommes tou·tes concerné·es par le niveau des pension

La Sécurité sociale a été fondée pour mettre en commun les ressources et protéger les travailleurs·ses. Nous cotisons une partie de notre salaire d’une part pour nous ouvrir des droits pour l’avenir (retraites, chômage, etc), mais aussi pour prendre en charge la solidarité avec celles et ceux qui ne travaillent pas ; les personnes malades, privées d’emploi, retraitées en font partie.  

Les retraité·es bénéficient d’une pension qui vise à assurer le maintien de leur niveau de vie au moment du passage à la retraite. Ainsi ils et elles peuvent garder leurs habitudes de vie (logement, alimentation, etc) y compris jusqu’au recours à des services de maison de retraite ou d’Ehpad qui coûtent de plus en plus cher. 

Cette pension de retraite assure leur autonomie. Elle permet aux retraité·es de ne pas avoir à dépendre de leur famille (descendant·es, conjoints), comme c’était le cas, avant les années 1950, quand passer à la retraite conduisait à tomber dans la misère. 

Plus les pensions se réduisent, plus le niveau de vie des revenus du travail des retraité·es baisse, plus la question de la solidarité intra-familiale se pose. 

Or le niveau des pensions est amené à se réduire dans les prochaines décennies. Un cadre homme qui percevait une pension équivalente à 72 % de son dernier salaire en 1989 ne percevra que 52 % de son dernier salaire en 2062 (Agirc-Arrco). 

Pourquoi ? À cause, principalement, de la réforme Balladur de 1993 qui a remplacé l’indexation des pensions sur les salaires par une indexation sur les prix. Or les prix sont moins dynamiques sur le temps long que les salaires.

Par ailleurs , le budget 2027 prévoit de raboter l’abattement fiscal de 10% des retraités, ce qui ferait baisser le niveau de vie des retraité·es. Ils et elles ont pourtant des dépenses supplémentaires à couvrir par rapport aux actifs·ves comme la prise en charge  d’une mutuelle dont le tarif est plus élevé, ou encore des  frais d’Ehpad.

Face à cette baisse du niveau de vie des retraité·es, tout un marché privé est en embuscade : le secteur des retraites privées, par capitalisation. Les cotisations retraites des cadres et professions intermédiaires représentent une manne financière que les assurances et fonds de pensions veulent arracher à la retraite par répartition pour la placer sur les marchés et en tirer profit. 

 

2. Les actifs·ves aussi sont touché·es par la désindexation des pensions 

Le projet de désindexation des pensions annoncé dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) aura un impact sur les pensions des retraité·es actuel·les. 

Comment ? Il s’agit d’un gel, c’est-à-dire que le niveau des pensions ne sera pas revalorisé au moins au niveau de l’inflation. Or les prix ont beaucoup augmenté ces derniers mois (+3% entre août 2025 et 2026 d’après l’Insee). Si elle est adoptée, la désindexation va conduire à baisser le niveau de vie des retraité·es. 

Mais ce projet aura aussi un impact sur les futures pensions des actifs·ves actuel·les ! Pourquoi ? La désindexation s’applique aussi aux salaires qui servent au calcul des futures pensions (articles L. 161-23-1 et L.351-11 du code de la sécurité sociale) . Cela vaut pour les pensions de base du régime général et pour les pensions complémentaires. 

Concrètement, cela signifie que le gel des pensions complémentaires imposé par le patronat depuis 2025 dans le cadre du conseil d’administration de l’Agirc Arrco a fait baisser les futures pensions que nous percevrons dans 5, 10, 20, 30 ans. 

Pourtant l’Agirc-Arrco a les moyens de maintenir notre niveau de vie à la retraite. C’est la raison pour laquelle la CGT a, avec la CFE-CGC, attaqué la décision de l’Agirc-Arrco. 

Nous pouvons gagner l’indexation des pensions pour 2026 et le rattrapage de ce que nous avons perdu en 2025. 

 

3. Le débat de mise en opposition jeunes/retraité·es exonère le patronat de ses responsabilités 

Poser le débat en mettant les jeunes en opposition avec les retraité·es revient à penser la situation en termes de pénurie. Quand on se bat entre générations, le patronat compte ses dividendes. 

Il n’y a pas de pénurie de richesses. Nos salaires et nos pensions baissent, nos services publics régressent, mais les profits explosent. Ce sont 61Mds d’euros de dividendes qui ont été versés en France sur le 1er semestre 2026, soit presque l’équivalent du budget de l’Education nationale pour 2026. Sur les quarante dernières années, les revenus du capital ont tant augmenté que 5 à 10 points des richesses produites chaque année en France (le produit intérieur brut) ont été transférés des revenus du travail à ceux du capital (Les économistes atterrés). Qui en a pâti ? Nos salaires, et singulièrement ceux des ingés, cadres et techs qui stagnent depuis 1996 (+0,5% pour les salaires des cadres, +1% pour ceux des professions intermédiaires en euros constants, Insee). Mais aussi nos retraites dont le niveau baisse d’année en année. 

En termes de budget public, la répartition des richesses se fait aussi en faveur des entreprises, avec 211 milliards d’euros financés par nos impôts (aux ¾ TVA et impôt sur le revenu) sous la forme d’aides aux entreprises. Or ces aides ne sont ni contrôlées ni conditionnées à des contreparties sociales et environnementales. Leur distribution en mode « automatique » se fait au détriment des services publics et des salaires des fonctionnaires (gelés depuis plus de 15 ans). La politique d’aides publiques aux entreprises conduit même à la dégradation des salaires du privé. C’est le cas des exonérations de cotisations sociales qui, pour un coût de 80Mds d’euros par an, créent une « trappe à bas salaires » qui bloque nos salaires.

Le patronat doit être mis en responsabilité : 

  • il doit augmenter les salaires : la hausse de des salaires permet d’augmenter les cotisations de retraites 
  • Il doit appliquer l’égalité professionnelle et augmenter les salaires des femmes : l’égalité professionnelle rapporterait 11Mds de cotisations retraites en plus 
  • Il doit cotiser sur l’intéressement et la participation : la mise à contribution de ces rémunérations rapporterait plus de 2Mds de cotisations retraites en plus 

 

4. La mobilisation collective permet de gagner des droits : ensemble on gagne 14 octobre et 5 novembre 2026

Parce que nos destins sont liés, nous avons un intérêt commun à nous mobiliser ensemble pour nos retraites, nos salaires, nos services publics. 

Nous pouvons gagner : 

  • Des hausses de salaire : CGT, CFDT, FO, FSU et UNSA appellent à ouvrir des négociations salariales dans toutes les branches et les entreprises, et à la grève pour la hausse des salaires le 5 novembre 2026
  • L’indexation des retraites sur les prix : des rassemblements seront organisés le 14 octobre 2026 dans plusieurs territoires en France pour exiger l’indexation pour 2026 et le rattrapage pour 2025
  • La retraite à 60 ans avec 75% du dernier salaire : les débats parlementaires sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale doivent permettre de dégager de nouvelles ressources pour financer un autre projet pour nos retraites 
  • La prise en compte des années d’études dans le calcul de la retraite : les débats parlementaires et la future négociation Agirc-Arrco doivent permettre de gagner ce droit qui bénéficiera aux générations de plus en plus diplômées de ce pays. 

Rendez-vous le 14 octobre pour nos retraites et le 5 novembre
pour la grande mobilisation pour nos salaires, nos retraites, nos emplois et notre industrie. 

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