Baromètre 2015 sur les techs au travail : infographies et analyse

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Baromètre 2015 sur les techs au travail : infographies et analyse
Reconnaissance professionnelle, charge de travail, temps de travail, évolution professionnelle, TIC, management, évaluation, éthique professionnelle, syndicalisme… retrouvez ici la synthèse du baromètre annuel Ugict-CGT qui rend état des attentes des technicien-ne-s et des professions intermédiaires.

Synthèse

 

À l’instabilité des organisations de travail et des situations individuelles, s’ajoute un contexte de charge de travail importante avec un environnement de travail défavorable au respect de la qualité de travail et à l’éthique professionnelle. L’intrusion des outils numériques provoque une augmentation de l’intensité du travail et prolonge le lien de subordination hors travail en effaçant les frontières spatio-temporelles. La durée moyenne de travail réelle est évaluée à 42,3 heures hebdomadaires par les salarié-e-s eux-mêmes.

Ces résultats traduisent une aspiration forte à pouvoir disposer d’un cadre de vie, dans et hors travail, plus équilibré.

Autres éléments marquants du baromètre qui expliquent ces 3 priorités choisies, la critique des pratiques managériales, le niveau élevé des heures supplémentaires, et la faiblesse des salaires qui est intimement liée à la reconnaissance des qualifications et des compétences. Malgré le degré d’implication important, l’absence de perspective d’évolution professionnelle et de revalorisation salariale conjuguée à l’effet de tassement des grilles et niveaux de salaires génèrent un sentiment justifié d’absence de reconnaissance professionnelle.

Les trois priorités des professions techniciennes et intermédiaires :

  • 1. Mon équilibre vie privée / vie professionnelle : 65,1 % (femmes 67,9 % vs hommes 62 %)
  • 2. Mon salaire : 53,3 % (femmes 51,4 % vs hommes 55,3 %)
  • 3. Ma qualité de vie au travail : 51,1 % (femmes 56 % vs hommes 45,6 %)


1/ Un manque de reconnaissance dans les professions techniciennes

 

Les professions techniciennes et intermédiaires souffrent d’un important manque de reconnaissance professionnelle : parmi les sondé-e-s, plus d’une personne sur deux ne s’estime pas reconnue dans son travail.

D’une manière générale, le sentiment « d’être reconnu-e dans son travail » reste très bas 34 %, après une chute de 10 points entre mars 2009 et avril 2014 (33 % vs 43 %). La situation est plus dégradée dans la fonction publique (60,6 %) par rapport au secteur privé (52,5 %).

Les sondé-e-s expriment une insatisfaction très forte sur plusieurs éléments de leur vie au travail qui sont déterminants en matière de reconnaissance professionnelle (rémunération, formation, évolution de carrière).

L’insatisfaction sur le niveau de rémunération est très largement majoritaire au regard du temps de travail réel (54 %), des responsabilités exercées (58,4 %), de la qualification détenue (59,4 %). Cette insatisfaction atteint des sommets par rapport à la charge de travail (66,8 %) et au degré d’implication (68,4 %).

L’accès à la formation professionnelle correspond moins aux besoins professionnels 61 % vs 64 % et aux demandes exprimées 47 % vs 42 %.

La formation débouche sur une évolution de carrière dans seulement 19 % des cas, avec une différence entre les femmes et les hommes (17 % vs 20,5 %). Pour 73 % des sondé-e-s, il n’y a pas d’évolution professionnelle suite à une formation.

Le déficit de reconnaissance professionnelle par le niveau de rémunération est plus important dans la Fonction publique que dans le privé.

L’écart atteint plus de 15 points sur le critère « adéquation avec la qualification » (25,9 % dans la fonction publique vs 43,8 % dans le privé). Ainsi, 72,4 % des salarié-e-s de la fonction publique considèrent que leur niveau de rémunération n’est pas en adéquation avec leur qualification. L’écart est aussi important pour chacun des autres critères :

  • niveau de responsabilité (34,3 % fonction publique vs 43,3 % secteur privé)
  • temps de travail réel (39,1 % vs 46,9 %)
  • charge de travail (32,1 % vs 34,8 %)
  • implication (24,1 % vs 33,2 %)

Lorsque la reconnaissance intervient, elle se manifeste le plus souvent sous forme de reconnaissance sociale (65 %).

Viennent ensuite la reconnaissance par évolution professionnelle (28 %), puis par le salaire (24 %).

On note une différence sensible entre les femmes et les hommes pour les formes de reconnaissance salariale (20,4 % vs 28,3 %) et les formes de reconnaissance par évolution professionnelle (25,9 % vs 31,1 %).


2/ Un temps de travail qui explose

 

Les professions techniciennes et intermédiaires déclarent travailler 42,3 heures par semaine en moyenne. 10 % des technicien-ne-s disent travailler plus de 50 heures par semaine. Ceci les place très près des cadres (qui disent travailler 44,6h par semaine en moyenne).

L’enquête de la DARES du 26 juillet 2013 avait déjà révélé la hausse significative du temps de travail annuel des professions intermédiaires de 4,3 % entre 2003 et 2011.
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Cette évolution va à l’encontre des aspirations exprimées par ces salarié-e-s à plus d’équilibre entre leur vie privée et leur vie professionnelle, et à une meilleure qualité de vie au travail.

Pour l’Ugict-CGT, il est nécessaire de réinterroger les organisations du travail, le mode de management (délai de plus en plus court, objectifs de plus en plus déconnectés de la réalité, etc.), la charge de travail et l’évaluation au regard des moyens mis à disposition.

Banalisation des heures supplémentaires

Les heures supplémentaires sont banalisées au point d’être structurellement nécessaires pour assurer l’activité professionnelle normale, même en période de baisse d’activité économique.

Cette réalité est désormais partagée par 49 % des sondé-e-s. Les jeunes (< 30 ans) sont ceux qui sont le plus concernés (55,5 %), ainsi que la tranche 30 – 39 ans (54,1 %). C’est après 50 ans que le fléchissement intervient avec environ 40 % des techniciens concernés. Signe révélateur du traitement particulier des séniors dans les entreprises.

Ces heures supplémentaires sont payées dans 25 % des cas et récupérées dans 34 % des cas. Pour 41 % des sondé-e-s, il n’y a ni paiement, ni récupération de ces heures supplémentaires effectuées.

À noter les différences importantes entre les femmes et les hommes entre la préférence pour le paiement des heures supplémentaires (18,2 % vs 33 %) ou leur récupération
(38,3 % vs 29,7 %), liée au fait que les femmes assurent toujours l’essentiel des tâches ménagères et que leur temps de travail est plus contraint.

 

3/ Intensification et dégradation du travail

 

L’augmentation de la charge de travail et des heures supplémentaires dans un contexte d’accroissement des responsabilités caractérisent la vie au travail des sondé-e-s.

L’augmentation de la charge de travail est une réalité largement partagée dans les professions techniciennes et intermédiaires, à hauteur de 63 %, quels que soient le secteur professionnel et la taille de l’entreprise.

On note cependant une différence entre la Fonction publique, où l’augmentation de la charge de travail est plus forte, et le secteur privé (76,3 % vs 61,5 %).

Seuls 5 % des sondé-e-s estiment que leur charge de travail a baissé, et 30 % qu’elle est restée stable.

Dans ce contexte de travail instable et tendu, 45 % (+ 3 points par rapport à 2014) des sondé-e-s estiment ne pas pouvoir faire un travail de qualité. La fonction publique est plus concernée que le secteur privé (49 % vs 42 %).

 

4/ L’éthique professionnelle est mise à mal

 

7 technicien-ne-s sur 10 confronté-e-s à des problémes d’éthique professionnelle.

Un travail qui perd son sens

L’éthique professionnelle entre en contradiction avec les choix et pratiques de l’entreprise dans 71 % des cas : souvent (20 %), de temps en temps (51 %). Etre confronté à une telle situation est une source de démobilisation et de mal-être pour les salarié-e-s. C’est le travail même qui perd son sens.

Conjugué à l’exposition à d’autres facteurs défavorables à l’exercice normal de sa profession, comme la surcharge de travail, le manque de reconnaissance ou de soutien cela peut conduire à la perte de repères et à l’épuisement professionnel.

Ce résultat témoigne de l’attachement des professions techniciennes et intermédiaires à leur métier et au respect de l’éthique professionnelle, même dans un contexte défavorable.

Pour un droit d’alerte, de refus et de d’alternative et un statut pour les lanceurs d’alerte

Des droits nouveaux permettant aux technicien-ne-s d’exercer un « droit de refus et de proposition 

alternative » pourraient remédier à ces blocages, et servir d’alerte pour les directions. De plus en plus de technicien-ne-s se trouvent en effet en difficulté professionnelle lorsqu’ils dénoncent des situations anormales sans prendre l’appui d’un syndicat.

Pour l’Ugict-CGT, il est urgent de donner un statut protecteur à tout salarié rapportant des faits contraires à l’éthique ou à la déontologie professionnelle. L’exemple significatif des lanceurs d’alertes montre jusqu’où peuvent aller les atteintes à l’intérêt général et la vulnérabilité de ses salariés qui s’exposent pour faire prévaloir l’éthique et l’intérêt général.

 

5/ Le mal travail

 

Responsables ou comptables ?

Seuls 27 % des sondés déclarent avoir connu un accroissement de leur autonomie au travail (-3 points par rapport à 2014), alors que plus d’une personne sur deux s’est vue attribuer des responsabilités supplémentaires.

Le niveau d’autonomie n’a pas bougé dans 55 % des cas.

Pour l’Ugict CGT, cela contribue à expliquer les cas de conflit et tensions qui peuvent exister dans le cadre du travail. Les responsabilités techniques s’accroissent au niveau intermédiaire, sans que les équipes ne disposent pour autant d’autonomie supplémentaire pour y répondre.

Dans le secteur privé l’autonomie a plus tendance à augmenter que dans la Fonction publique (31,6 % vs 23,8 %), alors que c’est dans la fonction publique que le niveau des responsabilités augmente plus que dans le secteur privé (53,3 % vs 49,6 %).

Le décalage entre le niveau de responsabilité et l’autonomie dans le travail est plus important dans la fonction publique, ce qui explique le niveau très élevé du mal être dans la fonction publique.

Mise en cause des pratiques managériales

La dégradation des conditions d’exercice professionnel s’accompagne de pratiques managériales fortement contestées.

La majorité des sondé-e-s (51,3 %) estime que les pratiques managériales se sont dégradées au cours de l’année.

Seulement 10,3 % déclarent une amélioration et 38,4 % ne constatent aucun changement.

Cette détérioration est plus sensible dans les grandes entreprises (> 200 salarié-e-s = 56 %), (> 500 salarié-e-s 58,2 %), que dans les petites (< 50 salarié-e-s) 31,2 % ; ainsi que dans la Fonction publique 64,8 % par rapport au secteur privé 47,9 %.

L’évaluation individuelle largement discréditée

L’évaluation individuelle est jugée : 

  • fondée sur de mauvais critères par 68 % des sondé-e-s
  • opaque par 59 % des sondé-e-s

C’est en deuxième partie de carrière (après 40 ans) que le ressentiment est le plus fort sur les critères de l’évaluation (71,4 %).

Ces résultats démontrent que le système de gestion des personnels de ces catégories peine à apporter des solutions pour valoriser l’expérience professionnelle et les qualifications acquises.

Les professions techniciennes et intermédiaires formulent une vision négative des pratiques managériales en vigueur dans les entreprises publiques et privées. Ces critiques semblent renforcées par le sentiment de déficit de reconnaissance et le manque de perspective d’évolution professionnelle.

 

6/ L’urgence du droit à la déconnexion

 

Intensification du travail

Le cadre d’exercice professionnel est marqué par une charge de travail en forte croissance avec des heures supplémentaires structurelles pour assurer le fonctionnement des services. Dans ce contexte, l’usage actuel des TIC participe à l’intensification du travail. C’est ce que constatent les professions techniciennes et intermédiaires de manière très claire (62 % vs 31 %).

Ce sont les sondé-e-s de plus de 40 ans qui éprouvent le plus ce phénomène d’intensification du travail (à 70 %), plus sensibles aux transformations induites par le numérique.

Le phénomène d’intensification est majoritaire quelque soit l’entreprises, publiques ou privées.

C’est dans les entreprises de grande taille (500 salarié-e-s et plus) que l’on observe la plus forte intensification du travail liée aux TIC (73 %). 

Débordement de la vie professionnelle sur la vie privée

Sans surprise le débordement de la vie professionnelle sur la vie privée est une réalité pour 1 sondé-e sur 2 (47 % vs 46 %).

Dans le même temps, 1 sondé-e-s sur 2 estime que l’usage des TIC aide à faciliter le travail.

Si les femmes et les hommes affichent sensiblement la même perception de débordement de la vie professionnelle sur la vie privée (47,2 % vs 46,7 %), elles considèrent moins que les hommes que l’usage des TIC facilite le travail (45,6 % vs 49,1 %).

Avec les TIC, les salariés sont contraints à une importante disponibilité et à une réactivité permanente afin de répondre à l’intensification du travail et aux difficultés d’accomplissement des taches qui se fragmentent et se multiplient.

 

7/ Organiser sa défense

 

Compter d’abord sur soi-même

Majoritairement, à hauteur de 54 %, les professions techniciennes et intermédiaires sont d’abord sur une approche individuelle pour défendre leurs droits et leur emploi.

Les syndicats arrivent en 2ème position (28 %), devant la direction (7,5 %), les avocats (7,4 %), les pouvoirs publics (2,5 %) et les partis politiques (0,5 %).

L’analyse par taille d’entreprise montre que le défaut d’implantation syndicale favorise l’approche individuelle. Ainsi, dans les petites entreprises de moins de 50 salarié-e-s les professions techniciennes et intermédiaires déclarent d’abord compter sur eux-mêmes (65,7 %) et placent les avocats (10,5 %) devant les syndicats (10 %) pour se défendre.

Le déterminant de la présence syndicale se retrouve également en comparant les résultats entre le secteur public et le secteur privé, pour la confiance accordée aux syndicats pour défendre les droits et l’emploi. Dans le secteur public, où les syndicats sont plus présents, les syndicats arrivent juste en tête (43%) devant l’approche individuelle (42,6 %).

À noter également que la confiance dans les syndicats est plus forte pour les femmes par rapport aux hommes (28,9 % vs 26,9 %) et pour les diplômé-e-s de l’enseignement supérieur post 1er cycle (31,3 %).


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