Pour en savoir plus
État des lieux
Le rapport Oxfam 2024 met en lumière la concentration extrême des richesses : les 1 % les plus riches détiennent 43 % des actifs financiers mondiaux, et les milliardaires ont vu leur fortune augmenter de 3 300 milliards de dollars depuis 2020.
Les entreprises du CAC 40 ont enregistré une hausse record de leurs bénéfices, avec 98,2 milliards d’euros distribués aux actionnaires en 2024, contre 45,8 milliards en 2017 (Source : Vernimmen 2025). En parallèle, seule une infime partie des entreprises s’engage à payer des salaires décents.
En France, les 1 % les plus riches possèdent 36 % du patrimoine financier et la rente actionnariale explose.
La financiarisation croissante affecte directement le monde du travail, y compris les administrations et services publics : restructurations, sous-traitance, externalisation, Wall Street management et perte de sens du travail pour de nombreux·ses travailleur·ses.
Nous sommes aujourd’hui face à une méconnaissance de la précarisation des Ictam en lien avec cette réorganisation financiarisée du capitalisme.
Les Ictam expriment un malaise face aux contradictions éthiques, à la diminution des marges de manœuvre et à la perte d’autonomie dans leur travail et à l’intensification du travail causée par une baisse constante des effectifs.
Les Ictam sont particulièrement inféodé·es aux stratégies de financiarisation qui leur imposent de fortes injonctions en matière de valeurs et de loyauté pour servir une logique de gestion court-termiste actionnariale au détriment de la société et de l’environnement.
Cette financiarisation intensifie également les risques socio-organisationnels, avec une pression accrue sur la productivité du travail et une dégradation des conditions de travail.
La réglementation actuelle favorise ce modèle, alors que quelques avancées en Europe tentent d’imposer plus de transparence et de vigilance dans les entreprises.
Enjeux et stratégies syndicales
Les enjeux syndicaux face à la financiarisation des entreprises sont complexes, avec une méconnaissance du sujet et une difficulté à mobiliser les travailleur·ses.
Les entreprises exploitent la latitude qu’elles ont pour contourner les normes d’indicateurs financiers, compliquant la comparaison et l’organisation collective. Ce qui rend les syndicats dépendants des experts quant à l’analyse des données financières et économiques.
La coordination des actions entre les différentes fédérations au sein des multinationales est indispensable à la création d’un rapport de forces capital / travail influent.
Face aux réorganisations permanentes des grands groupes, administrations et collectivités territoriales, les syndicats d’Ictam doivent encore plus innover. Déjà ils proposent des projets de reprise industrielle par les travailleur·ses (Renault, Thales) et développent des stratégies alternatives.
Des victoires syndicales importantes telles que l’abandon du projet Hercule (EDF), dans lesquelles l’Ufict FNME a pris une part importante, tout comme la mobilisation contre la vente de Suez-Veolia, ont démontré comment l’action collective interprofessionnelle et médiatisée peut faire reculer les logiques purement financières.
Cela permet d’illustrer l’efficacité des Ufict et des actions collectives renforcées, mais des efforts sont encore nécessaires pour diffuser une culture de la « définanciarisation ».
Orientations
Le 20e Congrès de l’Ugict-CGT décide d’élever le rapport de forces à partir des structures et :
- De porter la définition de l’entreprise comme un collectif humain créateur de richesses, qui modifierait l’objet social des sociétés commerciales, et de défendre la création d’un nouveau statut pour le ou la dirigeant·e d’entreprise distinct du simple mandataire des actionnaires, avec pour objectif de bâtir une société démocratique libérée de l’exploitation capitaliste.
- De défendre le renforcement des moyens et de la sécurité pour l’exercice des responsabilités professionnelles, avec par exemple une inspection du travail renforcée en moyen de contrôle dans chaque pays européen.
- De porter des droits élargis pour les représentant·es du personnel (CSE, CEE, CGM) incluant : un droit de veto sur les décisions stratégiques ayant des impacts sociaux et environnementaux, un droit de propositions alternatives, l’intégration de 50 % de représentant·es des travailleur·ses élu·es directement dans les conseils d’administration et leurs comités (rémunération, stratégie, audit, RSE), l’accroissement du rôle des CEE et CGM dans les grandes entreprises.
- De défendre les services publics, le statut de leurs agent·es et la création d’un pôle financier indépendant et public.
Actions, méthodes et outils
Le 20e Congrès de l’Ugict-CGT décide d’élever le rapport de forces à partir des structures et :
- De monter une campagne sur la financiarisation, ses conséquences et les propositions de l’Ugict-CGT en matière de modèles alternatifs durables, et de relancer les travaux décidés au 19e Congrès sur les modèles alternatifs de collectivité productive.
- De décliner la formation « définanciarisation » en outils simples et accessibles pour donner aux militant·es des outils pour comprendre/décrypter la financiarisation de leur entreprise ou service et d’y impliquer les organisations de l’Ugict-CGT (Ufict, CD, ).
- De créer un annuaire des acteurs « pratiques » en matière de définanciarisation : avocat·es, experts CSE, chercheur·ses, mais aussi syndicalistes qui ont eu à lutter contre cette politique.
- D’organiser une initiative nationale sur la définanciarisation des entreprises, des services publics et de l’économie.
- D’organiser une fois sur le mandat, puis régulièrement, des rencontres des élu·es et mandaté·es Ugict-CGT dans les conseils d’administration.
- De contribuer activement à toute démarche initiée par la Confédération en faveur de la coordination des syndicats des grands groupes.
- D’œuvrer à la création de syndicats Ugict-CGT dans chaque siège social des grandes entreprises en ciblant particulièrement les grands groupes, à commencer par ceux du CAC 40.
- D’œuvrer, avec l’appui des Ufict concernées et du collectif cadres-encadrement de l’UFSE, à l’émergence d’un cadre d’échange entre Ictam des administrations centrales ministérielles. L’objectif est de renforcer notre capacité d’action face aux stratégies et lobbying visant le recul des dispositions réglementaires ou législatives en lien avec la financiarisation des entreprises.