[FICHE 11] Face aux besoins humains présents et à venir, défendre une recherche financée et de qualité

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État des lieux

 Alors que le secteur de la recherche – dans le privé comme dans le public – est central pour notre capacité collective future à faire face aux besoins en innovations technologiques et humaines,
celui-ci fait toujours face à un manque criant de moyens : en temps de travail, en emplois, en laboratoires et matériels, en budgets publics affectés à la recherche fondamentale.

Ce manque de moyens a des effets délétères sur la qualité de la recherche :

  • Réduction des capacités de recherche expérimentale
  • Réduction des temps de recherche sous l’influence des durées des contrats d’appels à projets et des temps dédiés à l’autonomie et à la créativité de la recherche

Ce manque de moyens a également des effets délétères sur les conditions de vie et de travail des Ictam de ce secteur, notamment en ce qui concerne la reconnaissance des qualifications – en particulier celles sanctionnées par le diplôme du doctorat.

Par ailleurs le principe de « retour sur investissement » fait que les financements vont prioritairement vers les projets de R&D, court-termiste, et aux promesses de profits privés immédiats aux dépens des projets de recherche fondamentale aux débouchés commerciaux plus aléatoires ou aux projets orientés vers l’intérêt général.

 Dans le public elles et ils subissent une précarisation accrue. Dans les Établissements publics à caractère industriel et commercial (EPIC) et les Établissements publics à caractère scientifique et technologique (EPST) de recherche les travailleur·ses se voient appliquer les modes de gestion du secteur privé (ex. forfait jour).

Dans les entreprises privées, les services de R&D sont remplacés par des start ups dans lesquelles ne s’appliquent pas les garanties collectives gagnées par la négociation de branche et d’entreprise.

Une telle dégradation des conditions de travail dans ce secteur risque de générer une crise des vocations chez les Ictam, dans un contexte où les besoins en main-d’œuvre qualifiée sont pourtant colossaux.

 

Enjeux et stratégies syndicales

 Il nous faut affronter les politiques de recherche menées par le patronat et par le gouvernement, qui sont les deux faces d’une même pièce :

  • Dans les entreprises privées, le patronat cherche à externaliser le risque de recherche en n’assumant plus cet investissement pour n’avoir qu’à racheter les résultats de recherche produits par d’autres (recherche publique, R&D en start up).
  • Dans la recherche publique c’est l’austérité qui prévaut, aggravée par l’attribution de milliards de fonds publics au crédit impôt recherche vers les entreprises, et l’orientation d’une recherche tournée vers les enjeux privés. La grande majorité des universités sont en grande difficulté, votant des budgets déficitaires. Les missions des organismes nationaux de recherche (CNRS, Inserm…) sont rabotées, voire détournées de la prospective scientifique, sous l’influence problématique du Haut conseil chargé d’évaluer les établissements d’enseignement supérieur et de recherche (HCERES). Encore plus grave, l’existence des petits organismes est menacée par la volonté du gouvernement de réduire le nombre d’opérateurs de l’État.

La recherche publique malmenée reste cependant très productrice d’innovations (données, IA, etc.) qui sont ensuite mises à disposition du secteur privé pour « monétiser » ces travaux.

Les libertés académiques sont sérieusement attaquées ; notamment par l’internationale d’extrême droite et par la généralisation des Zones à régime restrictif (ZRR) qui soumettent l’accès aux laboratoires, les sujets de recherche et les recrutements au bon vouloir d’un fonctionnaire sécurité défense ouvrant la voie à des discriminations racistes ou xénophobes.

Pour cela nous pouvons nous appuyer sur le travail mené par Eurocadres sur les conditions de travail des chercheur·ses en Europe afin d’envisager des suites en France et en intersyndicale.

L’Ugict-CGT anime également la sous-commission confédérale Recherche qui permet aux mondes de la recherche académique et d’entreprise de construire des alternatives communes. Le collectif doctorant·es piloté par la FERC est un nouveau cadre collectif syndical qui vise à défendre les conditions de travail des jeunes chercheur·ses de tous horizons.

 

Orientations

 Le 20e Congrès de l’Ugict-CGT décide d’élever le rapport de forces à partir des structures et :

  • De défendre des financements ambitieux de la recherche en analysant le bilan de la stratégie Horizon Europe (2021-2027), de mettre fin à la politique du Crédit impôt recherche (CIR) et de faire de l’objectif de 3 % de PIB consacrés à la recherche un enjeu des élections présidentielle et législative de 2027, puis des élections européennes de 2029.
  • De défendre des garanties collectives pour les Ictam de la recherche, en particulier les titulaires de doctorats.
  • De construire la bataille des idées en faveur de formes alternatives de propriétés intellectuelles collectives des brevets par les travailleur·ses pour empêcher leur privatisation et défendre l’intérêt général (ex IGN, Météo France et Cerema …).

 

Actions, méthodes et outils à déployer

 Le 20e Congrès de l’Ugict-CGT décide d’élever le rapport de forces à partir des structures et :

  • De faire connaître et de décliner les travaux d’Eurocadres menés entre 2022 et 2024 sur les conditions de travail des chercheur·ses
  • D’organiser des initiatives sur la recherche (Rencontres d’Options, tribunes, interpellation des parlementaires et des candidat·es aux élections) en 2027-2028, à l’occasion de la fin du budget « Horizon Europe » sur la recherche et du 25e anniversaire du « Licence master doctorat » (LMD) pour dénoncer l’application de la démarche de « start up nation » appliquée à la recherche
  • D’utiliser les résultats du baromètre cadres sur les « professeurs et professions scientifiques » et les remontées des Ufict et fédérations concernées, pour produire chaque année a minima un tract sur le vécu des chercheur·ses du public et du privé
  • De construire des outils (questionnaire permettant de centraliser les informations obligatoires présentées en CSE, tutoriel de stratégie syndicale, modèle de tract, etc.) pour les syndicats d’entreprises privées pour qu’ils prennent la mesure des enjeux de recherche sur leur lieu de travail (conditions d’emploi des Ictam en R&D, sommes allouées aux entreprises via les financements publics, stratégies d’externalisation de l’entreprise, etc.)
  • De renforcer les liens avec le collectif doctorant·es de la FERC en lui proposant d’organiser une initiative conjointe en direction des doctorant·es de tous secteurs professionnels et du reste des Ictam pour élever la conscience collective de ces sujets et enjeux.

 

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