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État des lieux
Dans le secteur public comme dans le privé, les conséquences des organisations de travail principalement dédiées à la réduction du coût du travail ont un impact direct sur la santé des Ictam. Les encadrant·es et en particulier les femmes sont particulièrement exposé·es à la pénibilité qu’induisent ces risques socio-organisationnels.
Or la notion de pénibilité au travail est historiquement associée à des facteurs physiques liés à des tâches manuelles ou à des conditions de travail difficiles, tels que le port de charges lourdes, le risque d’exposition aux substances toxiques, ou le travail de nuit dont les conséquences sur la santé sont identifiées et permettent la reconnaissance des maladies professionnelles.
Ces situations de travail moins fréquentes dans le cadre des fonctions des manageur·es, ingénieur·es ou personnel qualifié, surreprésenté·es dans le secteur tertiaire, ne permettent pas de rendre visible la pénibilité inhérente à leur fonction et de prévenir des risques sur leur santé. Pourtant, stress, burn-out, épuisement professionnel, bore-out (épuisement par l’ennui professionnel), santé mentale dégradée, sont régulièrement les motifs d’arrêts maladie des Ictam.
Motifs encore suspectés d’illégitimité et de procès en sorcellerie par les employeurs, qui ne veulent pas les considérer comme conséquences des conditions de travail. Lorsqu’un·e travailleur·se flanche, c’est qu’elle ou il n’était pas « taillé·e » pour le rôle ou bien qu’elle ou il ne bénéficiait pas d’un environnement adapté à ses fonctions.
La charge mentale et le stress professionnel génèrent :
- Une injonction à la performance : pression constante pour atteindre des objectifs ou des résultats peut entraîner une tension mentale et un stress chronique. Le manque de ressources pour accomplir les tâches demandées, ou la peur de l’échec peuvent exercer une pression importante sur les manageur·es. Ces injonctions paradoxales répétées peuvent provoquer une fatigue mentale accrue.
- Des conflits éthiques induits par la multiplication des responsabilités professionnelles : les Ictam et en particulier les manageur·es doivent souvent gérer trop de dossiers à la fois, résoudre des conflits internes, et prendre des décisions stratégiques qui peuvent affecter l’ensemble d’une équipe ou de l’organisation, notamment lors de plans de suppression d’emplois. L’étendue de leur responsabilité s’est accrue dans un cadre mal défini qui crée une insécurité facteur de stress et met à l’épreuve leurs valeurs personnelles.
Le manque de reconnaissance, que ce soit de la part des subordonné·es ou de la hiérarchie, est un facteur de stress supplémentaire.
Des horaires irréguliers : le travail en dehors des heures normales de bureau, avec des réunions tardives ou des échanges en dehors des heures de travail, peut nuire (y compris sous des formats « afterworks » auxquels les Ictam ont l’injonction de participer) à l’équilibre vie professionnelle-vie personnelle.
Une hyperconnexion induite par le travail : le développement des outils numériques, des emails professionnels, des applications de communication instantanée (comme Slack, Teams, etc.) a entraîné une surcharge informationnelle et une connexion continue, ce qui empêche les Ictam et singulièrement les manageur·es de faire valoir leur droit à la déconnexion. Les conséquences de ces différentes formes de pénibilité peuvent être lourdes pour la santé tant sur le plan psychologique que physique.
- Le burn-out reconnu depuis 2019 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme un
« phénomène lié au travail » n’est, cependant, pas encore entré dans la classification internationale des maladies. - Les troubles psychosomatiques comme l’anxiété, la dépression, les troubles du sommeil, ou les maux de tête fréquents.
- Les maladies
- Un déséquilibre entre vie professionnelle et vie privée qui peut nuire aux relations familiales et sociales et génère des frustrations et de l’isolement.
Orientation
Durant cette mandature, les organisations de l’Ugict-CGT ainsi que les organisations CGT à forte concentration d’Ictam s’emploieront à faire reconnaître les formes spécifiques de pénibilité du travail des Ictam (cf. rapport Gollac et les six facteurs de risques psychosociaux), notamment en poussant à la mobilisation et à des interventions dans les IRP.
Stratégie syndicale
Le 20e Congrès de l’Ugict-CGT décide d’élever le rapport de forces à partir des structures et :
- De formaliser la zone d’autonomie et de responsabilité des Ces travaux porteront sur une définition claire et explicite de la délégation de pouvoirs.
- De lutter pour la protection de la santé des Ictam et à la reconnaissance des formes spécifiques de pénibilité auxquelles elles et ils sont confronté·es, y compris via la reconnaissance du burn-out comme maladie professionnelle.
- De promouvoir et imposer un droit à la déconnexion réel et impératif.
Actions, outils, méthodes
L’Ugict-CGT développera dans la mandature un outil « Qualiscore » qui permet de détecter les situations de travail à risques selon les travaux de Kasarec ou de Siegrist.
Pour faire de la santé mentale des Ictam un enjeu collectif de lutte :
- Gagner des accords collectifs sur ce thème avec une définition de la charge soutenable reposant sur des barèmes de charge (nombre maximal de dossiers, réunions, heures de connexion), des mécanismes d’alerte, un « couvre-feu numérique », l’intégration de la santé mentale dans les formations obligatoires des manageur·es et élu·es et mandaté·es.
- Travailler des mesures de protection des salarié·es atteints de troubles de la santé mentale : accès simplifié au temps partiel thérapeutique et aux aménagements de poste, garantie de confidentialité.
- Construire des outils pour nos syndicats : des modèles de protocoles de crise pour les salarié·es en difficulté (personnes ressources, accompagnement syndical, retour progressif), un réseau de « sentinelles syndicales » formées aux signaux faibles de la souffrance au travail, un kit santé mentale pour les élu·es (jurisprudence, modèle de revendications, check-lists pour DUERP/CSE), un baromètre annuel de santé mentale des Ictam pour objectiver la situation, des guides sur la prévention du burn-out et l’accompagnement au retour au travail.