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Depuis la sortie de la pandémie, les crises se sont multipliées. L’amplification des antagonismes sociaux, politiques et géopolitiques, ainsi que le dépassement accéléré des limites planétaires, sont induites par le développement débridé du capitalisme. Nous faisons face à une crise majeure, marquée par la multiplication des guerres et des attaques contre le droit international portées notamment par les gouvernements d’extrême droite. La radicalisation irresponsable des positions des gouvernements et du patronat dans le monde conduit l’humanité dans l’impasse politique, sociale et environnementale.
Dans ce contexte, les travailleur·ses, et singulièrement les ingés, cadres, technicien·nes et agent·es de maîtrise (Ictam) du privé comme du public, doivent s’emparer de la responsabilité de faire face aux défis que nous vivons aujourd’hui et qui nous attendent demain. Du fait de la place que les Ictam occupent dans le processus de production, leur organisation collective est centrale pour pouvoir contrer les projets régressifs du patronat et des pouvoirs publics. À ce titre, leur place spécifique en tant que travailleurs·ses les amène à contribuer pleinement au développement de la lutte de classes.
Pour ce 20e Congrès de l’Union générale des ingénieurs, cadres et techniciens de la CGT
(Ugict-CGT), nous avons choisi de débattre des orientations que nous devrons mettre en œuvre entre 2025 et 2029 pour construire des perspectives de transformations positives pour le monde du travail d’ici à 2050.
Les défis que devra affronter le monde du travail dans cette perspective sont colossaux.
Notre action collective et coordonnée, de nos lieux de travail aux institutions internationales, sera déterminante pour répondre aux défis sociaux auxquels le monde du travail va devoir faire face :
- Comment faire en sorte que les besoins liés aux changements démographiques puissent trouver des réponses de solidarité qui s’appuient sur des Ictam dont le travail sera respecté ?
- Comment s’organiser collectivement alors que le patronat et les employeurs publics cherchent à atomiser le salariat en délocalisant et en augmentant les niveaux de sous-traitance, ainsi que le recours aux formes de travail précaires et à l’individualisation des relations de travail, en appliquant une logique de rentabilité.
- Comment réussir à se projeter collectivement dans l’avenir de notre travail en sortant du court terme imposé par le capitalisme et sa politique managériale, le Wall Street management ?
- Comment faire en sorte que les progrès techniques et de recherches permis notamment par un développement contrôlé et responsable de l’intelligence artificielle (IA) servent les besoins humains, sociaux, démocratiques et environnementaux et apportent des droits nouveaux aux Ictam ?
- Comment sécuriser socialement les Ictam en maintenant leur niveau de vie à la retraite alors que les projections de niveaux de pensions pour nos catégories sont en baisse et qu’il sera nécessaire de consacrer 20 % du PIB aux pensions en 2050 ?
Face à la montée de l’extrême droite en France et dans le monde, nous devons amplifier la mobilisation menée au printemps 2024 pour protéger les travailleur·ses de ce danger mortel :
- Comment permettre aux Ictam de retrouver le sens de leur travail alors celui-ci est de plus en plus contraint par l’austérité, l’avidité du capital et la militarisation de la production, et que la démocratie sociale recule sur nos lieux de travail ?
- Comment mettre fin à la dégradation des services publics qui accentue le recul démocratique et l’abandon des territoires et des citoyen·nes par la République ?
- Comment construire un monde de paix et de coopération alors que les gouvernements d’extrême droite, alliés au patronat le plus réactionnaire, attisent les haines entre les peuples en nourrissant les idées, discours, pratiques et organisations racistes et xénophobes ?
Nous devons remettre au premier plan le défi climatique qui menace l’avenir de la vie sur terre.
- Comment respecter la neutralité carbone prévue à l’accord de Paris en renforçant les politiques publiques et en transformant la production industrielle à partir de l’expertise des Ictam ?
- Comment réorganiser les services publics, les infrastructures et les rythmes de travail pour pouvoir faire face à une hausse des températures qui pourrait être de l’ordre de +3°C ?
- Comment prendre en charge les dégâts individuels et collectifs induits par les catastrophes climatiques de façon solidaire sans subir l’imposition de la loi du plus fort par les règles assurantielles ?
Sur toutes ces matières, il nous revient, en tant que syndicalistes de l’organisation spécifique de la CGT, de démontrer à nos collègues qu’aucun progrès social ne pourra être obtenu sans associer les Ictam et que la construction d’un avenir émancipateur ne peut se faire que par la voie d’une action organisée et collective, en élevant le rapport de forces pouvant aller jusqu’à la grève.
Car pour pouvoir s’exprimer et défendre leurs intérêts de travailleurs·ses – au même titre que les autres – face au capital et aux transformations à anticiper, les Ictam doivent avoir des droits au travail et dans la vie. Et pour les faire respecter, elles et ils doivent disposer d’une organisation qui les rassemble et les organise : l’Ugict et ses structures spécifiques dans les professions et les territoires.
Nous devons à ce titre prendre toute notre place dans la CGT pour anticiper les changements en cours dans le salariat afin de mettre en œuvre les meilleures stratégies d’organisation des Ictam :
- Comment organiser efficacement le monde du travail pour qu’il puisse gagner de nouvelles victoires sociales alors que sa composition va continuer à se transformer, notamment sous l’effet de la hausse du niveau de qualification initiale des générations futures ?
- Comment faire face à la progression du syndicalisme catégoriel et au recul parallèle de la structuration spécifique dans notre organisation ?
- Comment faire en sorte que les Ictam de la CGT soient convaincu·es qu’au sein de leurs organisations leur première priorité est d’organiser les travailleur·ses qualifié·es à responsabilité en ciblant les secteurs où elles et ils sont fortement concentré·es.
- Comment contribuer à renforcer la capacité de la CGT à organiser en complémentarité les différentes composantes du salariat pour augmenter le rapport de forces global ?
Par ces orientations, le 20e Congrès ne vise pas à contraindre les choix de fond et de forme que les futurs congrès de l’Ugict auront à faire à horizon 2050.
Il doit cependant, en responsabilité, mettre les Ictam de la CGT en condition de débattre des grands enjeux à venir. Elles et ils doivent pouvoir construire les conditions qui permettront aux générations futures de travailleur·ses qualifié·es à responsabilité de s’impliquer dans le syndicat de classe et de masse que doit rester la CGT pour gagner de nouvelles victoires sociales.
En tant que syndicalistes, nous sommes et nous serons des passeur·ses d’histoire auprès des nouvelles générations d’Ictam. En construisant ce travail de prospective, nous œuvrons aussi à la « double besogne » de la CGT : réaliser les améliorations immédiates tout en préparant l’émancipation des travailleur·ses.
Pour cela, l’Ugict-CGT devra poser les jalons importants qui sillonneront le mandat 2025-2029 de l’organisation :
- Les échéances électorales et notamment l’élection présidentielle de 2027 et la possibilité d’une nouvelle dissolution de l’Assemblée nationale sont dans le paysage et doivent nous conduire à construire la lutte contre la tentative d’hégémonie culturelle de l’extrême droite et la possible arrivée au pouvoir de ses partis
- La possible remise en question de directives européennes structurantes pour les Ictam (télétravail et droit à la déconnexion, IA, devoir de vigilance…).
- La renégociation de l’accord Agirc-Arrco en 2026 et la réouverture, à chaque projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), de la bataille des retraites.
- En matière de vie syndicale, le 54e Congrès confédéral en juin 2026 et le 5e cycle de représentativité jalonnés par les élections dans la fonction publique et dans les très petites
Tout au long de ce mandat, la lutte contre l’extrême droite devra être une boussole de notre action collective. Cette idéologie politique de plus en plus organisée divise les travailleur·ses, y compris en nourrissant la stratégie patronale de mise en opposition des composantes du salariat selon leur niveau de qualification et de responsabilité. Il est de notre devoir de convaincre nos collègues qu’aucun futur de progrès ne peut être construit si l’extrême droite détient le pouvoir dans la vie publique et dans les entreprises, et si ses idées se répandent dans la vie, comme au travail.
Il ne tient qu’à nous d’agir pour reprendre la main pour permettre aux Ictam de faire de 2050 un avenir émancipateur.