Mais où va donc le Bachelor universitaire de technologie ?

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Ce projet aurait pu séduire l’Ugict-CGT : une formation à Bac+3 qui acterait l’augmentation de qualification des techniciens, à travers un diplôme national professionnalisant conférant un grade de licence, porté par le réseau des IUT qui ont depuis des décennies fait la preuve de leur savoir-faire en matière de formation.

Mais aujourd’hui, les signaux d’alerte fusent de tous côtés. Le MESRI, sourd à tous les avertissements, mène cette réforme à marche forcée, au lieu de mettre en place un dispositif de qualité, qui puisse dans la durée inscrire la formation des techniciens en harmonie dans le paysage de l’enseignement supérieur.

Depuis juillet 2020, date à laquelle le projet a été lancé à travers une note de cadrage, le Ministère s’est entêté à fixer la première rentrée du BUT en septembre 2021, en dépit de toutes les voix qui se sont élevées dans le réseau des IUT pour repousser cette ouverture à septembre 2022.

En pleine pandémie, avec les difficultés que l’on a connues cette année dans les établissements, les équipes ont fourni un travail considérable en écrivant le référentiel de compétences et une bonne partie des programmes nationaux de première année.
Mais, alors que les premiers étudiants vont faire leur rentrée dans quelques semaines, les programmes des 2e et 3e années ne sont même pas ébauchés et des interrogations demeurent sur les programmes de première année.

Avec 2/3 de programmes nationaux et 1/3 d’adaptation locale, on pourrait penser que cela garantit à la fois une dimension nationale du diplôme et une nécessaire souplesse pour s’adapter au contexte local. Mais attention à ce que cela ne se traduise pas en pratique par une possibilité pour chaque établissement d’un choix différent sur la part de la maquette nationale qu’il souhaite conserver. Pour l’Ugict-CGT, les 2/3 des programmes nationaux doivent rester un socle commun, obligatoire, au risque de voir le BUT devenir un diplôme d’établissement et non plus un diplôme national. Un diplôme unique ne se définit pas seulement en termes de compétences, mais il se définit aussi à travers des éléments incontournables du dispositif de formation.

Comme on pouvait s’y attendre, le Ministère mène cette réforme à iso moyens, sans prendre en compte que la formation passe de 2 à 3 années. Le financement de la 3e année de BUT est envisagé par une réduction des heures de formation en première et en deuxième année par rapport à ce qui se faisait en DUT, notamment s’agissant des heures de travaux pratiques. Ce qui serait le comble pour un diplôme professionnalisant.

Dans ce contexte, comment s’étonner de la frilosité des institutions susceptibles d’accueillir les futurs diplômés du BUT en poursuite d’études. L’assurance de la qualité de ce futur diplôme n’est pas garantie, les professionnels du monde de l’enseignement supérieur le savent et préfèrent adopter des postures prudentes.

En dépit des signaux d’alerte exprimés dans les différentes commissions consultatives, en dépit de l’avis du CNESER, le MESRI ne veut rien entendre. Cette surdité est parfaitement illustrée par les exigences fixées au niveau du recrutement. Si chacun peut entendre une volonté de renforcer la part des bacs technologiques dans la filière du BUT, tous les acteurs restent interloqués devant l’attitude du Ministère : au lieu de donner sur ce point un objectif à atteindre, progressivement, en fonction du contexte local, il énonce un diktat arbitraire et immédiat avec un quota obligatoire à 50 % de bacs technologiques en entrée du BUT. Alors que ce n’est à l’évidence pas possible partout !

L’Union Générale des Ingénieurs, Cadres et Techniciens de la CGT est inquiète sur l’avenir du Bachelor universitaire de technologie. Tel que le projet est mené, le risque est que faute de moyens, faute de patience, faute d’écoute des corps constitués, la formation des techniciens de demain ne puisse pas accompagner l’augmentation des qualifications dont nous avons besoin.

L’Ugict-CGT s’attachera à œuvrer au maintien du réseau IUT, avec tous ceux qui sont attachés à la réussite et à la qualité de cette filière technologique publique du supérieur.

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